Arrestation de Kéziah Nuissier à Fort-de-France : ce que montrent les images
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Le 16 juillet 2020 à Fort-de-France, Kéziah Nuissier est violemment interpellé lors d’un rassemblement de soutien à des militant·es anti-chlordécone. Poursuivi pour violences sur un gendarme, il sera jugé à Paris les 9 et 10 novembre 2026, tandis que sa propre plainte pour actes de torture et de barbarie n’a, selon ses avocat·es, donné lieu à aucun acte d’instruction.
- Date des faits
- Lieu des faits
- Fort-de-France (France)
- Victime(s)
- Kéziah Nuissier (homme, 21 ans)
- Conséquence(s)
- Blessure
- Corps impliqué
- Gendarmerie nationale, Police nationale
- Thème(s)
L’interpellation de Kéziah Nuissier, le 16 juillet 2020 devant le commissariat de Fort-de-France, en Martinique, a donné lieu à deux procédures distinctes. Dans la première, il est poursuivi pour « rébellion » et « violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Dans la seconde, ouverte sur sa plainte, il accuse des membres des forces de l’ordre d’actes de torture et de barbarie. Index a analysé les nombreuses vidéos de l’interpellation, tournées ce jour-là par des caméras de surveillance et par des témoins. Leur examen détaillé permet de retracer le déroulé de l’interpellation.
Confrontation
Ce jour-là, des manifestant·es se rassemblent devant le commissariat. Le matin même, plusieurs militant·es mobilisé·es contre l’empoisonnement au chlordécone ont été interpellé·es. Ce pesticide, perturbateur endocrinien lié au cancer de la prostate, a été utilisé dans les bananeraies des Antilles jusqu’en 1993. Aujourd’hui encore, plus de huit adultes sur dix en Martinique présentent du chlordécone détectable dans le sang.
En fin d’après-midi, la tension monte entre les manifestant·es et les gendarmes. L’un d’eux s’empare d’un tambour bèlè appartenant à Kéziah Nuissier. Ces instruments « sont considérés comme sacrés, en Martinique », explique ce dernier à StreetPress, qui dit avoir voulu récupérer le tambour des mains du gendarme. Sur les vidéos, Kéziah Nuissier franchit la ligne des gendarmes et pousse celui qui tient le tambour, qui tombe au sol.
Dans les dix secondes qui suivent, au moins six gendarmes lui portent au moins 35 coups de matraque. Le dernier est porté à l’écart des autres, alors qu’il est déjà traîné au sol. Plaqué sur le dos et menotté, il est maintenu par un agent assis sur son buste ; un autre pose le genou sur son entrejambe, puis lui marche sur le genou. Les gendarmes l’emmènent ensuite à l’arrière d’un fourgon, hors de la vue des manifestant·es.
La scène qui s’y déroule a été filmée par un·e riverain·e. Sur ces images, plusieurs gestes brusques sont dirigés vers Kéziah Nuissier, vraisemblablement des coups, dont au moins un coup de pied. Une flaque de sang apparaît au niveau de sa tête, pendant qu’il est maintenu au sol et qu’un officier l’insulte.
Le gendarme qu’il avait poussé rejoint alors ses collègues et lui saisit le visage. Selon Kéziah Nuissier, ce gendarme lui aurait enfoncé un doigt dans l’œil, un récit compatible avec les photographies prises lors des constatations médicales.
Un procès à Paris
Dans leurs plaintes, deux gendarmes et un policier décrivent plusieurs coups de poing violents que Kéziah Nuissier aurait portés à l’un d’eux. Sur les images de la mêlée qui suit la chute du gendarme, un seul coup est visible : un coup de pied de Kéziah Nuissier dans sa direction, alors que les coups de matraque pleuvent déjà sur lui.
Pour la plaie au front qu’il impute à Kéziah Nuissier, le gendarme s’est vu prescrire deux jours d’incapacité totale de travail (ITT). Kéziah Nuissier, lui, présente de nombreuses lésions, dont une plaie au crâne et une blessure à l’œil qui a dû être opérée ; 21 jours d’ITT lui ont été prescrits.
Sur décision de la Cour de cassation, l’affaire a été dépaysée hors de Martinique. Kéziah Nuissier comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris les 9 et 10 novembre 2026 pour « rébellion » et « violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Il encourt jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Sa plainte contre les forces de l’ordre, elle, n’a donné lieu, selon ses avocat·es, à aucun acte d’instruction.