Blocus des lycées : plus de 600 interpellations en deux jours, deux lycéens blessés au visage par des tirs policiers
Publiée le
Parti le 21 septembre du lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne), le mouvement de blocus contre le manque de moyens a touché plus de 400 lycées mardi 29 septembre. En deux jours, plus de 600 personnes, majoritairement mineures, ont été interpellées. Vidéos, plaintes et une enquête de l’IGPN mettent en cause plusieurs interventions policières.
Un lycéen blessé au visage, assis au sol, en marge du blocus du lycée Balzac. Tours, 30 septembre 2026. Image floutée extraite d’une vidéo publiée sur Instagram.
Contre le non-remplacement des enseignant·es, les classes surchargées et le manque d’infirmières, d’assistantes sociales et d’assistant·es d’éducation, des lycéen·nes bloquent leurs établissements depuis plus d’une semaine, d’abord en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne, puis dans toute la France. Selon le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, 440 personnes ont été interpellées mardi 29 septembre, « principalement des mineurs », dont environ deux tiers placées en garde à vue. La veille, 164 interpellations avaient été recensées aux abords des lycées. Mardi soir, le ministère de l’Éducation nationale comptait encore près de 340 établissements affectés, dont 45 bloqués ; l’Union syndicale lycéenne (USL) en revendiquait 400. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a fait état d’au moins dix personnels blessés et de plusieurs élèves blessé·es, notamment par des tirs de mortiers d’artifice. Aucun décompte officiel des lycéen·nes blessé·es lors des interventions des forces de l’ordre n’a été communiqué.
Ces interventions s’inscrivent dans le cadre fixé par un télégramme daté du 26 septembre, adressé par les deux ministres aux préfets et aux recteur·rices : en cas de blocage total, l’intervention des forces de l’ordre « devra être engagée après concertation avec le chef d’établissement », avec « un usage proportionné de la force ». Le SNES-FSU, principal syndicat d’enseignant·es du second degré, a condamné des interventions policières qu’il juge violentes.
Des tirs au visage, des violences dénoncées en garde à vue
Lundi 28 septembre, vers 10 h 30, devant le lycée professionnel Château-d’Épluches à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), un lycéen de 14 ans a été atteint au visage par un projectile tiré à bout portant par un policier avec un lanceur Cougar, une arme conçue pour le tir de grenades. Conduit à l’hôpital de Pontoise, il a plusieurs dents cassées, selon le parquet de Pontoise. Sur la vidéo, telle que la décrit France 3, l’adolescent, face à trois agent·es, reçoit un coup puis un coup de matraque, répond d’un coup de pied, avant d’être touché à la mâchoire. Le parquet, cité par franceinfo, affirme qu’il était venu au contact d’une cheffe d’unité et qu’un second policier a tiré alors qu’il était tombé à terre. Les images montrent un tir tendu qui atteint directement l’adolescent au visage. Le parquet a ouvert deux enquêtes : l’une, confiée à l’IGPN, sur le tir ; l’autre sur des violences reprochées au lycéen envers une policière.
La veille, six avocat·es des barreaux de Paris et de Seine-Saint-Denis avaient dénoncé des violences commises lors d’interpellations et en garde à vue. Selon leur communiqué, un adolescent de 15 ans serait arrivé au commissariat de Saint-Denis le visage en sang, y aurait reçu plusieurs gifles et n’aurait vu un médecin que six heures après le début de sa garde à vue ; la procédure le visant a été classée sans suite, et il a été hospitalisé à sa sortie pour une suspicion de fracture du crâne. Un élève de 16 ans rapporte un coup de poing au foie lors de son interpellation, puis une gifle au commissariat. Les avocat·es ont porté plainte et saisi l’IGPN.
À Grenoble, le 28 septembre, une vidéo de l’intervention devant le lycée Emmanuel-Mounier, relayée par un élu local, montre un jeune plaqué violemment au sol ; l’élu, qui décrit deux coups de poing portés au visage d’un lycéen par un CRS, a saisi le procureur de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale.
Mercredi 30 septembre au matin, à Tours, un lycéen a été grièvement blessé au visage en marge du blocus du lycée Balzac. Selon plusieurs témoins interrogés par ICI Touraine, il a été touché par un tir policier de LBD. Sur une vidéo largement diffusée, on le voit assis au sol, le contour de l’œil ensanglanté. La préfecture d’Indre-et-Loire, qui ne confirme pas à ce stade l’origine du tir, indique que les caméras-piétons des policiers étaient allumées et que leurs images seront analysées. Il a été conduit aux urgences.
L’USL et l’Union étudiante appellent à de nouveaux blocages jeudi 1er octobre et à une manifestation nationale mardi 6 octobre.