Le 19 juillet 2026, vers midi, dans la rue Svevo du quartier du Pilastro, à la périphérie de Bologne, Abderrahim Fakir, 42 ans, est mort lors d’une interpellation policière. La scène a été filmée depuis leurs balcons par des habitant·es et largement diffusée. On y voit deux policiers maintenir Abderrahim Fakir plaqué au sol, l’un pesant sur ses jambes, l’autre au niveau de sa tête et de son cou ; un habitant lui tient les pieds. Abderrahim Fakir crie « aiuto, basta » (« à l’aide, arrêtez »), avant que ses cris ne s’éteignent et que son corps ne s’immobilise. Il est déclaré mort sur place à 12 h 53.

Selon les éléments rapportés par la presse italienne, les policiers étaient intervenus auprès d’un homme en détresse. À 12 h 17, ils avaient sollicité l’envoi d’une équipe médicale du 118, estimant se trouver face à « un homme en crise psychiatrique ». L’interpellation a été menée avec un spray au poivre, puis Abderrahim Fakir a été jeté à terre et entravé aux mains et aux pieds. Plusieurs témoins ont décrit un homme en souffrance qui se faisait du mal à lui-même — se cognant la tête, se jetant au sol — sans représenter de danger pour autrui. Abderrahim Fakir, arrivé en Italie à l’âge de 7 ans, traversait une période difficile après le décès de sa mère et attendait l’issue d’une énième demande de régularisation.

Une enquête sans « suspects » : le « bouclier pénal »

Le parquet de Bologne a ouvert une enquête pour homicide involontaire visant six personnes : deux policiers et quatre secouristes présents sur les lieux. Les premiers examens médicaux, dont un scanner, ont révélé des poumons emplis de sang. L’autopsie, réalisée le 24 juillet, oriente vers une hypothèse d’asphyxie par compression, selon l’avocat de la famille, Fabio Anselmo. Les résultats définitifs sont attendus dans les semaines suivantes.

Cette affaire marque un précédent : c’est la première application du « bouclier pénal » adopté par décret en février 2026. D’ordinaire, quand une personne meurt au cours d’une intervention policière, les agents sont traités comme des suspects et une enquête complète est ouverte à leur encontre. Le nouveau dispositif change la donne : dès lors qu’il « apparaît évident » que les policiers ont agi dans le cadre de leurs fonctions, ils échappent à ce statut de suspect, et la justice ne dispose alors que d’un délai très court — environ un mois, prolongeable de quelques mois — pour réunir des preuves décisives. Passé ce délai, faute d’éléments suffisants, l’affaire est classée, sans procès. En clair, le texte rend d’emblée plus difficile la mise en cause des forces de l’ordre devant un tribunal.

Une affaire qui secoue l’Italie

La mort d’Abderrahim Fakir a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Dès le 21 juillet, une importante manifestation s’est tenue à Bologne ; en marge du cortège, des affrontements ont opposé une partie des manifestant·es aux forces de l’ordre. La mobilisation ne s’est pas arrêtée là : rassemblements, prises de position d’élu·es, d’avocat·es et d’associations se sont succédé, et, plusieurs semaines après les faits, l’affaire continue d’alimenter le débat public italien. Elle s’inscrit dans une série de morts survenues lors d’interpellations qui ont marqué le pays — de Stefano Cucchi, mort en 2009, à Ramy Elgaml, tué à Milan en 2024 — et ravive la contestation du « bouclier pénal » comme, plus largement, des violences policières.

Vue de France, l’affaire n’est pas un cas isolé. Le « bouclier pénal » italien procède d’une logique — construire un régime procédural d’exception, favorable aux forces de l’ordre — que l’on retrouve, sous une autre forme, dans la « loi Pauget » sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, adoptée à l’Assemblée nationale à l’été 2026. Elle rappelle enfin, par les modalités de l’interpellation, des affaires que documente le champ de l’investigation sur les violences policières : les décès survenus lors d’immobilisations au sol et de plaquages ventraux, dont Index a examiné plusieurs cas.